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Affiche du film Water makes money

Pour ceux qui n’auraient pas pu voir le documentaire diffusé sur Arte, en début de semaine, voici ce que j’en ai retenu :

« L’eau est une marchandise comme les autres « , voilà ce qu’on entend au sein de la Commission Européenne, où les lobbys virulents des grands industriels de l’eau, Veolia et Suez/Lyonnaise des eaux en tête, s’agitent pour faire passer leurs intérêts.

En France, le PPP (Partenariat Public Privé) est le modèle de gestion de l’eau le plus répandu. Ce système s’est largement répandu dans le monde. Cela consiste pour les communes à signer une délégation à des grands groupes comme Suez et Véolia pour entretenir le réseau d’acheminement des eaux, leur traitement, leur facturation aux consommateurs, …

Le documentaire, très militant, démontre qu’il s’agit d’une privatisation rampante, avec toutes les conséquences négatives que cela peut malheureusement occasionner. Démonstration.

Depuis 25 ans que ce système existe, plusieurs phénomènes ont été constatés : la facture a augmenté, le réseau est insuffisamment entretenu, et l’eau est très fortement traitée au chlore, ce qui n’est pas anodin sur notre santé …

Tout est très complexe, on va y aller doucement !!

Tout d’abord, quel est l’intérêt pour les communes de sous-traiter ainsi la gestion de l’eau ?

Il est d’ordre économique, à court terme. Les communes qui ont délégué ont immédiatement « assaini » leur budget, tout simplement en employant moins de personnes pour l’entretien. Une commune en Allemagne a été citée en exemple partout dans la presse, pour être passée du bord de la faillite à un redressement économique miraculeux. Et puis, ça peut faire baisser les impôts locaux, donc les gens sont contents. De plus, pour obtenir le marché, Suez et Veolia versent un droit d’entrée. Le pactole tombe comme du pain béni dans l’escarcelle municipale et est utilisé pour financer de nouvelles infrastructures, salle des fêtes, gymnase, terrain de foot. Gens toujours contents.

Très bien sur le principe, sauf que … les industriels de l’eau reprennent d’une main ce qu’ils ont donné de l’autre ! Et le contribuable se trouve à rembourser, ce qui n’est plus ni moins qu’un prêt déguisé à la municipalité, que l’industriel se fait rembourser en augmentant la facture d’eau … Compris ? Cela a été démontré et pointé du doigt par des Cours des Comptes régionales, des associations de consommateurs, et autres.

Edifiant aussi : par des montages financiers et juridiques très sophistiqués, ces grands groupes font en sorte que les investissements lourds (des stations d’épuration par exemple) soient financés par la collectivité, alors que dans leurs contrats, ils sont censés investir et pas qu’exploiter. Un maire, je ne sais plus si c’est en Allemagne ou en France, reconnaissait que lui-même et les membres du conseil municipal ne comprenaient pas grand’chose aux présentations faites par les industriels, mais qu’il fallait bel et bien au bout du compte faire un chèque … et les impôts remontent.

La démonstration est implacable ; tout est bon pour arracher les marchés quand il y a des appels d’offres, notamment la corruption. Le Maire de Grenoble, Alain Carignon, a été condamné pour corruption de la part du groupe Suez/Lyonnaise des eaux. Voyages, cadeaux divers (places de spectacles, invitation au restaurant, …), argent, promesse d’embauche à des postes à responsabilité, ici ou ailleurs, tout est bon pour faire avancer la cause de ces groupes et obtenir les concessions de l’eau.

Une fois le contrat obtenu, la facture monte. + 103 % à Paris au court des 25 dernières années, avant la réinternalisation.

Normal me direz-vous. C’est la finalité d’une entreprise que d’engranger des bénéfices, elles doivent dégager des marges, elles ont des frais, des actionnaires, etc.

Les profits faramineux dégagés par ces multinationales leur ont permis de financer leur développement, leur diversification dans d’autres métiers, le transport, la propreté, toutes activités qui ne sont plus en régie dans les communes.

Certes.

Mais si tous ces profits s’effectuent au détriment de notre santé, de notre environnement et même de notre porte-feuille, ne faut-il pas s’interroger ?

Il faut savoir que presque toutes les eaux qui sont entre les mains du privé sont chlorées. C’est un gage de qualité, entend-on.

Sauf que le chlore, qui stérilise l’eau, est mauvais pour la santé, a des pouvoirs de réaction nocif, et est un facteur aggravant de cancer.

Il est utilisé pour faire des économies d’argent, notamment des économies de personnel.

Les réseaux ne sont pas aussi bien entretenus qu’ils le devraient. Il a été mesuré que les fuites d’eau sont plus importantes là où la gestion de l’eau a été mise en délégation. Une société privée n’a aucun intérêt à économiser l’eau … puisqu’elle est facturée ! Quel cynisme.

La plupart des nappes phréatiques sont polluées par les produits phyto-sanitaires employés par l’agriculture intensive. Ces polluants se retrouvent dans l’eau, qui doit donc être traitée pour être rendue potable. Le cercle vicieux s’enclenche. Plus de produits pour traiter l’eau, plus de machines pour le faire, plus de contrôles qualité, plus de gens dans la chaîne (au moins c’est bon pour l’emploi …), et la facture qui monte toujours.

Certes, les multinationales ne sont pas responsables de cette pollution de l’eau, mais c’est là qu’on se rend compte dans quel piège aberrant nous sommes.

Pour en sortir, des communes comme Paris et Grenoble, ainsi que d’autres en Allemagne, à Munich notamment, ont instauré un périmètre de protection autour des zones de captage des eaux. Pas d’agriculture, où alors en bio, pas d’activité industrielle, rien que la nature. A Paris, l’initiative est trop récente pour qu’elle porte ses fruits significativement, mais à Grenoble, c’est clair, il semblerait que ce soit l’une des eaux les plus pures de France, idem à Munich, et sans traitement d’aucune sorte. Ca laisse songeur et plaide pour un rétablissement d’un éco-sysème vertueux.

Le message est clair. Les contrats de renouvellement du fameux PPP arrivent à échéance dans les années qui viennent. De nombreuses municipalités dans le monde font marche arrière et ne remettent pas dans les mains du privé, une ressource aussi précieuse et indispensable à l’Homme. C’est ce qui s’est passé à Paris. Le prix de l’eau y a baissé de 8% cette année…

Pour aller plus loin, un livre qui doit être passionnant : L’eau des multinationales de Jean-Luc Touly, un ex cadre dirigeant de Veolia, qui dégoûté par le système, a quitté avec pertes et fracas le groupe qui, au passage a tenté, en vain, d’acheter son silence …

L’eau ne peut pas être une marchandise comme les autres.

Water makes money, le film

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25 mars 2011 Ca m'énerve, Notre santé et l'environnement

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